
Lorsque ce film est sorti, je m'étais promis d'aller le voir. Mais les aléas de ma vie ont fait que je n'ai pu me rendre dans les salles que l'on dit obscures. Il est écrit cependant que rien ne sera perdu et ces derniers jours, une amie de ma femme et moi à la "dvdthèque" bien fournie nous a prêté le film de Guillermo del Toro, "Le labyrinthe de Pan". A part avoir fabriqué une flûte après avoir transformé en lit de roseaux la nymphe Syrinx, le dieu de la mythologie grecque Pan est connu pour d'autres choses comme son côté ambigu, trouble et à forte connotation sexuelle. Il est le dieu de la totalité, de la nature toute entière et on le représente souvent avec des pieds de bouc, des cornes. Tout à fait charmant.... Le voici mis en scène dans un contexte tout à fait particulier puisqu'il s'agit de la guerre civile espagnole, prise à sa toute fin en juin 44. Conte pour adulte, Guillermo del Toro nous livre là une oeuvre puissante, onirique, foisonnante et qui laisse pantois par sa beauté, par sa violence aussi. Car le film est violent, à tous les niveaux. Une petite fille fuit cette violence en partant dans le rêve telle une Alice moderne et va trouver au fond de son labyrinthe non pas le Minotaure mais Pan en personne, un Pan ici stylisé mais qui garde toute son ambiguité, sa capacité de séduction malgré un physique ma foi quelque peu disgrâcieux.




Dans le rôle du capitaine franquiste on trouve un Sergi Lopez plus que parfait, inquiétant, salopard à souhait avec une interprétation des plus éblouissantes. Au bout du compte on se dit que les plus à maudire ne sont pas les monstres que la petite fille rencontre dans le labyrinthe mais bel et bien ces soldats franquistes sans aucune foi, sans aucune loi. J'ai retrouvé sur le site du Film Francais (revue professionelle de cinéma) une entrevue avec le réalisateur. Je vous en livre ici un extrait :
Vous aviez déjà associé la guerre civile espagnole au genre fantastique avec L’échine du diable. Pourquoi plonger une nouvelle fois dans cette période trouble et violente ?
La guerre civile est certainement le plus grand fantôme de l’histoire espagnole. Il est donc logique pour moi de l’associer à des histoires fantastiques. Cela me permet d’aborder le fascisme et ses conséquences sur l’âme humaine de manière indirecte, en utilisant les codes d’un genre cinématographique que j’aime. En ce sens, Le labyrinthe de Pan est une parabole comme l’était déjà L’échine du diable, mais cette fois-ci bien plus sombre et plus émouvante. Au-delà d’un genre précis, c’est un film dramatique dans lequel s’inscrivent des éléments propres à l’univers des contes de notre enfance.
Et dans tous les cas, ce film est un chef d'oeuvre. Il y en a peu de nos jours.
samedi 17 mai 2008
Pan !
vendredi 16 mai 2008
Une nuit presque blanche

Demain, samedi, c'est la nuit des Musées. Départ pour la plupart des sites vers 18 h et arrivée à minuit. Les entrées sont gratuites. Voilà une belle occasion où que l'on soit pour aller (re) voir quelques belles choses et s'en souvenir au milieu du monde sans queue ni tête dans lequel nous vivons. Je suis allé sur le site pour me donner des idées : j'ai pu constater qu'en plus des collections ou des expositions permanentes elles mêmes, nos amis les Musées ont ajouté des animations ; cela allant du concert jazz à l'installation vidéo en passant par des conférences. Le programme est foisonnant...
Ma femme et moi allons choisir ensemble un lieu et en profiter pour le découvrir en détail, ici à Paris. J'en parlerai ici même dans les jours qui viennent.
Site de la nuit des Musées.
mercredi 14 mai 2008
Est ce que ce monde est sérieux ?

J'entends un sous secrétaire d'Etat du gouvernement francais expliquer "qu'au lieu de faire grève, les salariés pourraient plutôt porter un brassard, un peu comme cela se fait au Japon". Et pourquoi pas aussi un badge, un pin's, ou un chapeau pointu ? Jusqu'où se moquera t-on de nous ? De quoi ceux qui nous gouvernent sont ils capables pour nous faire encore et encore avaler de telles couleuvres ? Ce qui se passe politiquement dans ce beau pays qu'on appelle la France est tout simplement honteux, scandaleux. Une mascarade. Tout ceci se passe en costume-cravate, sous les dorures avec des airs sérieux... pendant ce temps là une majorité de gens ont de plus en plus de difficultés ne serait ce qu'à manger (on n'ose même pas imaginer pour se loger) et se servent dans ce que l'on appelle les hard discounters alors que tout le monde sait que les produits sont de bien moindre qualité. Et, comble de l'hypocrisie, on veut nous faire croire que c'est à la mode, que c'est dans le sens du vent. Il n'y a donc qu'une voie possible : celle de cette économie libérale qui nous tue chaque jour un peu plus nous tous dans le monde ; que de sacrifices ne fait on pas en son nom ! Comme le chantait Léo est ce ainsi que les Hommes vivent... ?
(La photo est de Christophe Suarez, on peut la retrouver, avec beaucoup d'autres, ici)
lundi 12 mai 2008
Une certaine idée du cinéma

Il y a quelques jours, je vous écrivais ici même qu'il y avait des artistes que j'aimais et dont on parlait peu, voire pas du tout. Soit parce qu'ils sont morts soit parce qu'ils ne sont plus à la mode, ou les deux.... J'avais donc décidé d'en parler. Par qui commencer ? Mon premier amour artistique est le cinéma, j'ai donc choisi Charles Denner et Francois Truffaut l'un et l'autre étant finalement liés. Truffaut d'abord. Il fait partie de ces types que je regretterais à jamais de ne pas avoir rencontré. Bien sûr j'étais allé au cinéma avant de voir le moindre de ses films mais.... mes véritables premières émotions, mes premiers frissonnements c'est avec lui que je les ai connus. C'est à lui que je dois mon profond amour du cinéma et, quelque part, de la vie. Truffaut ne faisait pas du cinéma : il était le cinéma, comme Godard l'est encore (je reparlerai de Godard d'ailleurs). La vie de Francois est un roman à elle toute seule. Quand je faisais mes études cinématographiques je n'ai pas choisi au hasard de faire mon mémoire sur lui, et mes idées sur le septième art ont été en partie forgées par ses écrits et ses films. L'itinéraire de ce gamin de Paris, sans aucune formation cinématographique mais avec un solide amour de la littérature, de l'humain et un sens de la débrouillardise à toute épreuve ; propulsé tout en haut du festival de Cannes en 1959 avec l'immortel "Quatre cent coups" plébiscité par Cocteau lui même et bien cet itinéraire relève du conte de fées. D'ailleurs il raconte son enfance brimée, faite de fugues, d'histoires d'amitié indéfectibles (qui se confirmeront d'ailleurs à l'âge adulte)dans ce film devenu mythique, dans le vrai sens du terme. Charles Denner, lui, m'a toujours séduit par son jeu de comédien, sa voix, son allure, son physique. Il m'a toujours intrigué, fasciné. En écrivant ces lignes je le revois dans des films de Truffaut justement comme "L'homme qui aimait les femmes" oeuvre tout à l'honneur des femmes où l'homme est montré dépendant du sexe dit faible, où il devient un objet. On sent un Denner très proche de son personnage, un homme qui effectivement devait aimer les femmes tant le jeu est subtil, tant certains gestes ne trompent pas ; la présence de ce comédien est puissante en faisant passer à la fois une dureté et une douceur, un optimisme et un pessimisme, bref la vie toute entière.
Pour Truffaut certains de ses comédiens le font encore vivre de nos jours (il est mort en 1984) comme Jeanne Moreau, Depardieu et quelques autres. Denner, lui, me semble relégué dans des mini oubliettes dont il n'est que grand temps de le sortir.
samedi 10 mai 2008
Edgar

J'ai toujours entendu parler d'Edgar Morin. Tout jeune déjà parce que son prénom m'amusait : parfois tout tient à rien ou presque.... Et puis ensuite parce que son discours m'a interpellé, m'a fait entrevoir des choses que je ne soupçonnais pas ; sur d'autres que je ressentai confusément il a mis des mots, des concepts. Morin semble plus écouté et respecté à l'étranger que chez nous (l'inévitable "nul n'est prophète en son pays"...) De temps à autre néanmoins l'homme reparaît, il semble apprécié par notre bon Président.... Edgar n'y va pas avec le dos de la cuillère annonçant d'emblée que le système planétaire est condamné à mort ou à la transformation.
L'homme est connu pour sa théorie de la complexité, énoncée il y a quelques années, vers 1970. Qu'est ce ? En gros il s'agit de dire que tout est lié. En se souvenant de la phrase de Pascal, "toute chose étant aidée et aidante, causée et causante, et les plus éloignées étant liées de façon insensible, je tiens pour impossible de connaître la partie si je ne connais le tout et de connaître le tout si je ne connais pas la partie", l'ami Morin lie l'unité à la diversité : l'humanité est une mais cette unité comporte nécessairement la diversité des individus, des cultures, des langues. Il faut parler aussi de la théorie de Von Neumann qu'on appelle "Automata" : Neumann faisait la différence entre ce qu'il nomme un automate artificiel (une machine) et un automate naturel (un vivant). Remarquant qu'une machine était faite de composants extrêmement fiables, soigneusemement usinés ; et qu'un être vivant était fait de composants extrêmement fragiles, les protéines. Et pourtant dès qu'elle se met en route la machine commence à dégénèrer alors que le vivant est capable de se développer jusqu'à sa fin, ou alors il dégénère et meurt. Il en déduit que la vie, dans sa fragilité, est plus capable de résister à la mort. Les protéines se décomposent mais les cellules en composent de nouvelles ; les cellules meurent mais le vivant en fait naître de nouvelles. Edgar formule donc que tout ce qui ne se régénère pas dégénère. Concrètement, aujourd'hui, ca veut dire quoi ? Que nous sommes formés dans un système d'éducation qui, séparant les connaissances, nous empêche de voir les problèmes globaux et fondamentaux. Les politiques vivent au jour le jour, ne parlant plus d'avenir et incapables de formuler des scénarios d'action. Plus grave : la politique s'est réduit à l'économie, c'est à dire un aspect de la réalité humaine qui ignore les réalités affectives de nos vies.
Dans ces conditions et selon les probabilités on court à la catastrophe. Edgar Morin ajoute : "Je dis probabilité parce qu'il y a toujours la part de l'improbable, de l'imprévu. La victoire nazie qui à un moment était probable s'est transformée en défaîte ; l'effondrement de l'empire soviétique était improbable... De tels évènements se produisent souvent dans l'histoire et je m'interesse beaucoup à la manière dont arrivent les transformations de l'improbable en probable."
Moi aussi, cher Edgar. Faudrait peut être voir à lui garder un ministère dans le futur gouvernement....
jeudi 8 mai 2008
Flamboyant
Hier soir, mercredi, il faisait très beau sur la capitale. Apothéose d'une journée ensoleillée, presque chaude, en tout cas à la température douce et agréable. Avec une amie, un ami, ma femme et moi sommes allés pique-niquer au parc des Buttes Chaumont. Un des plus beaux parcs de Paris, si ce n'est le plus beau. Surtout parce qu'il est resté populaire, chaleureux, cosmopolite. Il y avait du monde, l'herbe était fraîche, soyeuse au toucher. Sur les nattes, les salades de riz et de pâtes, une bonne bouteille de vin rosé, une autre de rouge. Le soleil déclinait doucement sur la capitale. Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, ce parc est sur les hauteurs parisiennes tout proche de Belleville, de Ménilmontant : on a donc des vues superbes sur la ville lumière. J'avais mon appareil photo. J'ai déclenché. Je ne suis pas habituellement un fan des photos de coucher de soleil.
Cette photo, je vous la donne. Puisse cette image vous réchauffer le coeur s'il est un peu froid en ce moment.
mercredi 7 mai 2008
Un regard
Documentaire toujours (hélas) d'actualité de l'excellentissime Raymond. Sur ma table de chevet. Enfin plus exactement au pied de mon lit, à côté de Leiris, Ballandier, Boni, Levi-Strauss, Kapuscinski (j'ai toujours du mal à écrire le nom de ce journaliste polonais amoureux de l'Afrique, mort l'année dernière) et de quelques autres comme Mia Couto, écrivain du Mozambique.
mardi 6 mai 2008
L'esprit jazz

En mai, faisons ce qui nous plait. Par exemple du jazz. Pour la huitième année consécutive l'association Esprit Jazz nous a concocté "Jazz à Saint Germain des Près". Alors oui bien sûr, Saint Germain n'est plus vraiment ce qu'il était : usine à touristes, magasins de fringues qui ont remplacé les librairies, luxe un peu partout... Léo Ferré ne reconnaitrait plus son quartier latin, et Souchon chante bien sa nostalgie dans "Rive gauche à Paris". Moi même, je ne me rends plus guère sur les lieux. J'y ai habité un temps. Je naviguais entre le café de Flore, les Deux Magots. Le dimanche matin, tôt, j'allais prendre une orange pressée à un prix prohibitif à la brasserie Lipp, j'avais de l'argent à cette époque.... Je flânais dans la librairie La Hune jusque tard puisqu'elle a le bon goût d'être ouverte jusqu'à minuit, je fréquentais parfois le Bilboquet, club de jazz de la rue Saint Benoit ma foi fort convivial. Tout cela pour dire qu'il y a encore à Saint Germain de beaux restes... Qu'on y fasse du jazz, voilà qui est bien est naturel. Disséminé dans tout le quartier, le festival est toujours de bonne tenue, varié. Mais il reste cher... même si pas mal de choses sont gratuites ou à des euros ou des consos symboliques (par exemple les tremplins Jeunes Talents au Sunset, club de la rue des Lombards) ou les expos photos que je vais aller voir à l'Alcazar et à la bibliothèque André Malraux. S'il fallait ne voir que deux spectacles, je conseillerai un quartet de rêve Katché-Terrasson-Garbarek-Vignolo (Garbarek est un génie, Terrasson un pianiste hors pair et Katché sorti des émissions merdeuses de M6 est un batteur de grand talent) et Yaron Herman pianiste israelien hors normes que j'ai déjà eu l'occasion de voir jouer plusieurs fois. Et là il joue dans un lieu mythique et splendide : l'église de Saint Germain des Près elle même !
Alors oui il faut être à Paris... Quelques liens néanmoins pour vous qui êtes à l'étranger ou en province : FIP d'abord (jazz à Fip le soir entre 19 h 30 et 21 h, un régal) TSF radio jazz parisienne, le site du Festival.
Enjoy !
samedi 3 mai 2008
Que vivent les femmes d'Afrique ?

Cette jeune femme est Ivoirienne. Elle s'appelle Tanella Boni. Sous cet air décontracté se cache une professeur de philosophie à l'université de Cocody, à Abidjan. Mais cette femme a plusieurs autres facettes : écrivain, poétesse, critique d'art ; elle écrit aussi des livres pour enfants. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Cocody, il faut savoir que sous ce nom à consonance plutôt comique il y a le quartier le plus chic de la capitale ivoirienne, situé au nord est de la ville. Mais c'est surtout l'université la plus réputée d'Afrique de l'Ouest francophone par ses nombreuses facultés. En parcourant ma librairie favorite, il y a quelques semaines, je farfouillais comme à mon habitude dans le rayon littérature africaine quand je suis tombé par hasard (une habitude là aussi...) sur un livre dont le titre m'a interpellé : Que vivent les femmes d'Afrique ? Sous des dehors bourrus, parfois crus et souvent abrupts, il se trouve que je m'interesse de près à la condition de la femme sur cette planète ; en Afrique ou ailleurs. L'essai de Tanella est interessant d'abord parce qu'il rattache, avec toute sa spécificité, la condition de la femme africaine au sein de la condition générale de la femme dans le monde. Et ensuite parce qu'à travers ce tableau minutieusement peint de l'Africaine on en apprend beaucoup culturellement sur le continent Noir. On y voit par exemple l'histoire de ces tissus africains dont on se sert pour faire les pagnes ou les boubous, et loin d'être folkloriques ces étoffes aux motifs colorés parfois à outrances sont tout un langage, complexe parfois mais qui assure un véritable rôle social et de communication. Le livre est utile, enrichissant vu de la place de l'homme africain en particulier (il n'est pas épargné...) mais aussi de l'homme Noir en général pour que change les mentalités. Il est utile aussi pour l'homme Blanc pour mieux connaître ce que vivent les femmes d'Occident (paradoxalement au titre du bouquin). Et avant tout il est utile aux femmes de partout parce qu'il porte une parole, des souffrances, des espoirs, des interrogations.
-->Que vivent les femmes d'Afrique ? par Tanella Boni, collection Cyclo dirigée par Roger Pol Droit, éditions Panama.


Notons, au passage, la réedition d'excellents petits bouquins de Jacques Chevrier chez Monde Noir poche : "Anthologie africaine, tome 1 Le roman, la nouvelle - tome 2 Poésie. Au moment où l'on célèbre Césaire sur tous les tons avec une hypocrisie qui frise l'indécence et où l'on s'apprête à commémorer l'abolition de l'esclavage (le 10 mai prochain) il n'est pas inutile de refaire le tour de la question de la littérature africaine qui se confond avec la lutte pour la reconnaissance. Il est très interessant aussi de voir comment a évolué cette littérature venue d'un continent de tradition orale.
jeudi 1 mai 2008
Cent ans de plus
Un nouveau mois commence... Celui où parait il on "fait ce qu'il nous plait". Il y a des chanteurs, des comédiens, des peintres, des sculpteurs, des écrivains et beaucoup d'autres artistes que l'on oublie. Je viendrai vous en parler ici. Mais... en ce jour de fête du travail, d'abord un peu de musique, j'aime Cabrel, en particulier quand il s'engage comme il le fait avec cette chanson intitulée "Cent ans de plus". Tendez l'oreille, écoutez. Ce texte ne se retrouve pas ici par hasard...

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